L’atelier d’écriture contre les mauvais souvenirs d’école

Dans un des ateliers d’écriture en ligne de la semaine dernière, une participante m’a demandé pourquoi je donnais des temps d’écriture qui n’étaient jamais des chiffres ronds. Je ne propose jamais 10, 15 ou 20 minutes d’écriture, mais plutôt 7, 13, ou 18… Et j’ai trouvé que c’était une si bonne question qu’elle méritait un article – dont acte.

L’écriture et les mauvais souvenirs d’école

Souvent, je fais écrire des gens qui n’ont pas de très bons souvenirs de l’école. Des souvenirs cassés, de suées sur des rédactions, de peurs de ne pas y arriver. Ce qui me rend triste et me donne envie de leur présenter absolument toutes les profs géniales qui m’entourent (merci / bravo / soutien et big up à celles qui font des ateliers d’écriture dans leurs classes, c’est précieux !). Mais le fait est là : l’école est derrière, et faire la démarche de venir en atelier d’écriture est un grand pas vers la réconciliation avec une partie de soi qu’on a parfois bien mise de côté : celle qui se sent capable de mots.

Alors, c’est vrai, même si moi, j’ai beaucoup aimé l’école, je donne tout pour bien montrer que les ateliers d’écriture ne sont pas l’école (ou en tout cas pas celle que les gens ont en tête et qui date d’il y a 30, 40, 50 ans…).

atelier d'écriture école

Michelle Maria, pixabay

Atelier d’écriture et écriture à l’école (traditionnelle) : le jeu des 9 différences

Pour bien montrer que ce n’est pas le même contexte, voilà ce que je fais :

1. Donner des temps farfelus parce que ça vous fait sourire et que c’est déjà ça de gagné (je détestaiiiis les devoirs sur table de philo de 4h par exemple, j’aurais préféré de loin qu’on me dise que j’avais 3h47 ! 😬)

2. Répéter que la proposition d’écriture est une proposition et non pas une consigne, et qu’elle peut donc être détournée, consciemment ou inconsciemment, respectée à moitié ou au quart, que l’enjeu se trouve ailleurs, simplement dans le fait de se mettre en écriture, que n’importe quel texte sera le bienvenu.

3. Mettre à disposition (ça marche mieux en présentiel qu’en virtuel, par contre), tous types de papiers : petits, grands, post-it (pour les gens qui pensent qu’ils n’ont pas d’idées… ça fait moins peur qu’une feuille A4 !), blancs ou de couleur, lignés ou à carreaux, papier à en-tête avec écrit « liste de courses »… Agrandir aussi sa collection de matériel d’écriture : crayons de couleur, crayons papier, feutre, stylos… que chacun·e puisse choisir ce qui lui va le mieux, dans l’instant.

4. Mettre à disposition aussi goûter, petit-déj, apéro (en fonction de l’heure, quoi), biscuits, chocolat, thé, café… Les endroits où il est interdit de boire ou de manger me rappellent les examens sur table, avec les pupitres espacés de deux mètres, brrr, l’angoisse !

5. Encourager à écrire debout, assis·e, couché·e, ici, ailleurs, à bouger, aller respirer dehors, s’installer là où c’est le mieux et le plus confortable pour soi.

6. Expliquer que ça ne sert pas à grand-chose de réfléchir longtemps avant (on n’a pas le temps). L’exercice de l’atelier d’écriture, c’est d’apprendre à dire oui à ce qui est là. Exit les plans et les stratégies.

7. Rappeler qu’il n’y a pas de notes, pas de ramassage des copies à la fin. Que toutes les questions qu’on peut se poser qui commencent par « il faut… ? » recevront une réponse négative : nope, il ne *faut* rien du tout !

8. Écrire en même temps que les participant·e·s (la majorité du temps), parce que je ne suis pas sachante, je suis en expérimentation comme vous, avec vous… Et parfois plus déstabilisée que vous par mes propres propositions, ahah.

9. Essayer de varier au maximum les déclencheurs d’écriture : beaucoup de littérature bien sûr (avec si possible autant d’autrices que d’auteurs, même si je n’y arrive pas encore toujours, la faute à quelques années passées à lire plus d’hommes que de femmes, je me rattrape doucement), mais aussi des projets farfelus, des découvertes au hasard d’Internet, des morceaux de musique, des bouts de films…

C’est pour tout cela que je me raidis légèrement quand on me demande des infos sur mes « cours d’écriture ». Tout à coup, ça m’envoie très très loin de ce que j’ai envie de faire, de cet espace que j’ai à cœur de créer : un atelier-laboratoire-terrain-de-jeux. Pour toutes celles et tous ceux qui auraient au moins une toute petite envie de venir y mettre les pieds. 👩‍🎨👩‍🔬🕵️‍♀️

Et vous, ils ressemblent à quoi vos souvenirs d’écriture à l’école ? Je serais ravie de vous lire en commentaire !

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