brève de cours {01}

En ce moment, je donne des cours à des débutants complets. J’adore ça, parce que c’est fascinant de voir comme ils entrent dans la langue, les calques avec leur langue maternelle, les moyens mnémotechniques qu’ils mettent en place, les accents qu’ils prennent pour des apostrophes… et de les aider, pousser, motiver dans cet apprentissage-là.

Les débutants complets, ce sont souvent ceux qui n’ont pas encore accepté la bizarrerie du français et qui réclament des règles pour tout. Comment on sait si un mot est féminin ou masculin ? (On apprend.) Pourquoi on ne prononce pas les consonnes à la fin des mots, mais dans les chiffres (cinq, six, sept, huit, neuf, dix…), si ? (C’est comme ça.) Pourquoi « ille », parfois ça se prononce -l- (ville) et parfois -y- (fille) ? (Parce que ça dépend de l’étymologie latine. Si vous ne connaissez pas le latin, alors il faut apprendre.) Pourquoi on peut dire « où est la boulangerie ? », mais on ne peut pas dire « où est une boulangerie ? » ? (Euh…)

En même temps, je les comprends. Je fais la même chose quand je suis à leur place, face à une langue nouvelle. J’essaie de rationaliser, de coller des étiquettes, de mettre dans des cases, de prendre mes marques. Et puis je fais des hypothèses. Parfois ça marche. Et parfois pas.

En cours, nous avions déjà vu les nationalités au masculin et au féminin, en insistant terriblement sur la prononciation et sur le e final. Il est français, elle est françaisE. Il est américain, elle est américainE. Il est irlandais, elle est irlandaisE, et ainsi de suite. Et puis le pluriel, avec S. Elles sont françaiseS. Elles sont américaineS. Elles sont irlandaiseS.

Plus tard, nous conceptualisons (conceptualiser, ça consiste à faire observer un corpus à des apprenants avec des occurrences de ce que l’on souhaite étudier, et à leur faire déduire les règles d’utilisation) les articles LE, LA, L’, LES. Peu à peu, on arrive à voir que l’un est masculin, l’autre féminin, le troisième ça dépend, le dernier pluriel.

Et soudain, la lumière dans les yeux d’un étudiant quand il lit : « le palais ». « LE, féminin parce qu’il y a E à la fin, PALAIS, pluriel parce qu’il y a S à la fin ! ! ! ». Des hypothèses, disais-je. Parfois ça marche. Et puis parfois pas.

 

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