La poésie dans un fait-tout

Alors que je pédalais pour rentrer d’un atelier d’écriture avant-hier, deux épisodes de l’année écoulée se sont soudainement accolés dans mon esprit et m’ont fait sourire. Donc hop, je vous raconte.

Le premier : quelque part dans une école normande en février ou mars, je donne un atelier avec des enfants de primaire. Certain.e.s ont l’habitude, « hé, c’est pas pour rien qu’on a un logo Ecole en poésie affiché sur la porte », me disent-elleux. Je leur propose de partir à la découverte de sardinosaures. « Mais Amélie, ça, on a déjà fait l’année dernière, avec B. » Et tout le groupe de confirmer.

Bon, en soi, ce n’est pas parce qu’on a déjà fait un truc en atelier d’écriture qu’on ne peut pas le refaire puisque les consignes ont pour but d’inspirer mais qu’en fonction d’où l’on se situe à ce moment-là (humeur, heures de sommeil de la nuit précédente, sentiments, nourriture ingurgitée au déjeuner, ETC.), les textes seront tout à fait différents.

« Ah non, j’ai déjà écrit un sonnet une fois dans ma vie, c’est bon, j’ai fait le tour, ça suffit. »

 

Sauf qu’au moment où les enfants me disent ça en me regardant avec leurs grands yeux, je dis, « ah ok, très bien, eh bien on va faire autre chose ! », et hop, j’ouvre un des tiroirs à ateliers de mon cerveau et j’en sors une nouvelle proposition (honnêtement, j’ai oublié laquelle) (mais c’est dans ces moments-là que je comprends et bénis le sens de l’expression « avoir de l’expérience », ne serait-ce qu’un peu). Pendant les quelques secondes (minutes ?) à farfouiller dans mon tiroir interne, une enfant me dit : « Non mais laisse tomber Amélie, en poésie, on a déjà tout fait. »

On a déjà tout fait.

*

Le deuxième : à l’automne, je me rends à Molenbeek, dans un groupe d’habitant.e.s qui se réunit pour réfléchir à leur quartier et à ses richesses. L’idée, c’est de faire un atelier et de voir la réaction du groupe, peu habitué à écrire. Faute à l’agenda, les animatrices n’ont pas pu prévenir les gens de ce qui allait avoir lieu ce jour-là, et personne n’a donc eu le temps d’avoir peur (#stratégie).

9h30, je rencontre les participant.e.s et explique l’idée. (« On va écrire. »)
9h31, ambiance générale un peu comme ça :

Ecrire… ECRIRE ? ? ?

 

Bon. Après cadre de bienveillance posé (fautes d’orthographe autorisées, pas de notes ni de grades ni de ramassage de copies, possibilité d’écrire dans une autre langue, etc.), on s’y met.

10h45, on fait une pause, on boit un thé, un café. Et là, un des participants me dit, « Tu restes jusqu’à midi ? Mais ce serait bien que tu reviennes parce que là… on n’aura jamais le temps de tout faire ! »

À nouveau, ce tout faire, qu’est-ce qu’il veut dire, qu’est-ce qu’il dit ? Même si on faisait des ateliers toutes les semaines pendant les dix, trente, cinquante prochaines années, ferions-nous tout ?

*

Tout faire, l’un au passé, l’autre au futur, comme si on pouvait circonscrire la poésie, l’arrêter, lui mettre des limites. Alors que s’il y a bien une chose dont j’accepte qu’elle m’échappe, c’est la poésie. Qu’elle me traverse, qu’elle m’ébranle, qu’elle me questionne, qu’elle me libère, qu’elle m’ensevelisse, qu’elle me décale, qu’elle me chahute. Qu’elle fasse donc ! Je suis prête.

Je vous souhaite un poétique 2017.

Aucun commentaire

meliemeliie

Que ça ne nous empêche quand même pas de nous voir prochainement 😉

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