Voyages de femmes

« Je me sens pas écrire, ça me casse la tête. Je me sens pas écrire, ça me saute aux yeux. », A.
« Je me sens écrire pour mettre les points sur les i de ma vie. », M.

LOGO-50-ANSLorsque la COBEFF, une école de formation continue pour les femmes peu scolarisées, m’a contactée, leur idée était de proposer un atelier d’écriture dans le cadre des 50 ans de l’immigration marocaine en Belgique, qui aurait eu pour thème « Le voyage de ma mère ». Cette idée de départ a évolué avec le groupe – et c’est bien cela qui me plaît, qu’un projet s’adapte à ses participants et non l’inverse – car en écrivant, nous nous sommes rendu compte que nos mères n’avaient pas beaucoup bougé, ou bien qu’il nous était difficile d’en parler. Alors nous avons écrit sur nos propres voyages, chemins, trajets ; sur nos mouvements, nos habitudes, nos départs et nos (non-)retours. Nous avons écrit et expérimenté, cherché des formes et des idées. Cela a donné lieu à des poèmes, des définitions inventées, des monologues intérieurs, des fragments, des lectures touchantes et des émotions frémissantes… Nous avons renommé ce projet « Voyages de femmes ».

C’était un atelier en petit comité, avec deux à six participantes à chaque séance : pas évident de rajouter des heures sur un emploi du temps bien chargé, surtout quand on suit une formation diplômante, qu’on a des enfants dont il faut s’occuper, souvent seule, etc. Mais l’équipe de la COBEFF et moi avions envie que d’autres femmes puissent expérimenter l’atelier, considérer la langue française autrement, exprimer des choses parfois tues par manque d’espace pour le faire. Alors nous avons profité d’une journée banalisée pour la journée de la femme pour proposer des ateliers à toutes les étudiantes de l’école.

Mais comment faire un atelier d’écriture pour près de cent personnes en même temps ? Difficile… Nous avons donc fait un pari : celui que chaque femme qui avait participé régulièrement à l’atelier devienne accompagnatrice, animatrice pour un temps. Des groupes d’une vingtaine de personnes ont ainsi tourné pour expérimenter cinq courts ateliers.

Pour les participantes devenues animatrices, quelle expérience ! Nous avions travaillé ensemble bien sûr, pour qu’elles s’approprient les consignes que j’avais imaginées, pour qu’elles les apprivoisent, qu’elles les fassent leurs, qu’elles se sentent à l’aise dans leur rôle. Et c’était incroyable de voir avec quelle aisance elles ont finalement joué le jeu, répondant aux questions, expliquant, rassurant les autres comme elles disaient avoir été rassurées au début du projet…  Toutes ensuite ont dit à quel point elles se seraient senties incapables de faire cela avant, et la fierté qu’elles retiraient de cette expérience !

Plus tard dans l’après-midi, une grande sculpture a été construite à partir des feuilles de couleur qui avaient servi de support à l’écriture et une lecture a été proposée à toutes les personnes présentes.

sculpture cobeff sculpture cobeff 2

En savoir plus sur ce projet :
– télécharger le livret « Voyages de femmes » ici.