Les sardinosaures, ou comment travailler la description l’air de rien : un atelier d’écriture en FLE

Les sardino… quoi ? Les sardinosaures, oui oui ! Attendez, ne partez pas tout de suite, laissez-moi d’abord vous dire trois mots du contexte. Ces dernières semaines, j’ai travaillé dans une petite école de FLE, dans laquelle je donnais notamment un cours d’écrit très individualisé : certain.e.s préparaient un examen spécifique, d’autres voulaient réviser leurs conjugaisons, et une poignée d’entre elleux voulaient « juste écrire ». Pour l’animatrice d’ateliers d’écriture que je suis, imaginez le bonheur ! « Juste écrire ? », allons-y !

Ça a donné lieu à de petits dialogues comme ça :

Moi, m’adressant à une étudiante aux yeux complètement hagards et perdus dans le vide :

– A., est-ce que ça va ? !
– Oui oui, je cherche des rimes !
– … :)

Nous avons donc, en vrac, créé de nouveaux métiers, fait des caviardages, écrit des « rien n’est plus beau », créé des terines à partir de mots offerts par d’autres, construit des listes collaboratives et poétiques, on s’est vanté dans des exercices d’immodestie, bref, on a joué joué joué. À la fin des quinze jours, je leur ai demandé ce qu’iels avaient préféré, et après quelques hésitations, iels ont opté pour les sardinosaures.

Les sardinosaures, un atelier d’écriture pour (presque) tous les niveaux

Comme je me dis que vos apprenant.e.s apprécieront peut-être aussi, voici le déroulé que je propose. Pour info, ça marche à partir du niveau A2, et avec les enfants comme avec les adultes ! Et c’est une forme inventée par l’OuLiPo (qui d’autre ?)

1 – J’écris « le sardinosaure » au tableau et leur demande s’iels ont déjà rencontré cet animal : petit temps de flottement (« elle est sérieuse ou elle se fiche de nous ? »)

 

2 – Je leur dis que c’est bien sûr un animal imaginaire : peuvent-iels imaginer à quoi il ressemblerait ? quelles sont les caractéristiques de la sardine ? du dinosaure ? est-ce un dinosaure à écailles ? une sardine qui n’existe plus depuis des millions d’années ? un dinosaure à nageoires ?… gros débat !

3 – Je leur propose deux autres exemples de sardinosaures que j’adore, créés il y a quelques années dans un atelier pour enfants : le temponey (qui secoue sa crinière pour marquer le rythme), et le léopardon (qui s’excuse quand il dépasse les autres à la course <3) ;

un léopardon qui n’a pas gagné à la course

4 – Nous faisons ensuite un remue-méninges ensemble pour récolter le plus grand nombre d’animaux possible (les noms d’animaux doivent faire au moins deux syllabes, exit chiens, chats et rats).

5 – Je leur demande de trouver des mots qui commencent phonétiquement par la fin d’un nom d’animal ou bien qui finissent par le début d’un autre (pas de panique, c’est la partie la plus technique !) ; nous imaginons ainsi serpentoufle, éléfanta, lapintade, chocolapin, rococochon, macadhamster (macadam ayant été vu dans le cours précédent, belle réutilisation !) ainsi qu’une dizaine d’autres pour compléter notre ménagerie.

6 – Une fois ce travail effectué en groupe, on passe en individuel : chacun.e choisit un des animaux et en rédige la description. Je leur donne des catégories façon fiche animalière pour les aider, iels peuvent s’en inspirer : nom latin, poids, taille, durée de vie, nourriture, développement, caractéristiques… Les plus enthousiastes se lancent même dans des dessins !

7 – On fait une visite du zoo imaginaire pendant laquelle chacun.e présente son sardinosaure aux autres.

  • Des sardinosaures créés par les apprenant.e.s :

    Il est grand, il est sympa, il habite dans la jungle, c’est le singentil et c’est un texte d’Aris :

    Le singentil est tellement gentil que son groupe de singes normaux le trouve inutile. Le singentil n’utilise jamais sa force. Pourquoi ? On ne sait pas !
    Dans la forêt, le singentil est tout en bas de la chaîne alimentaire. Quand les autres singes se battent dans le groupe, il veut toujours trouver une solution que tout le monde accepte.

     

    Il n’a pas une existence très rigolote, il est victime d’anxiété, et il vit sous l’océan, c’est le requinquiet, et c’est un texte d’Angela :

    un sardinosaure : le requinquiet

    Le requinquiet n’a pas beaucoup de confiance. Normalement, on le trouve loin des plages, parce qu’il n’a pas un bikini-body et il a peur d’être jugé. Il a une tête plus grande que les autres requins et le plus grand cerveau de tous les requins. C’est la raison pour laquelle il pense trop. Il trouve qu’il n’a pas une taille sexy et a toujours besoin de perdre du poids.

    Les requinquiets mâles sont les pires. Ils peuvent vivre entre 60 et 100 ans, mais ils passent la plupart de leur vie tout seuls. Ils mangent seulement des algues, parce que manger quelque chose de vivant leur fait mal au cœur. Une fois, un requinquiet a mangé un petit poisson par accident, et il a pleuré pendant une semaine sans arrêt après ça.

    Parfois, les requinquiets forment des groupes. Les groupes sont un peu comme des groupes de soutien, mais ils sont plus heureux après. Dans de rares cas, ils se marient comme les humains et restent ensemble pour toute la vie.

    De quoi repeupler les zoos imaginaires de manière joyeuse et loufoque ! Et vous, quels sont les sardinosaures qui aboient sous vos fenêtres ? N’hésitez pas à raconter ça dans les commentaires !

    *

    Et si les jeux d’écriture, ça vous intéresse, sachez qu’un jeudi sur deux, je vous fais une petite proposition créative #jeudijécris. C’est par ici !

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