Traduction de langues inventées : 5 pensées post-atelier d’écriture

Arriver dans un nouveau pays, c’est se frotter les mains en pensant à tous ces nouveaux ateliers d’écriture à explorer : qui sont les gens qui ont le même métier que moi et comment l’exercent-ils ? Qu’est-ce qui les anime, justement ? Quelles sont leurs références, les œuvres qu’ils/qui les travaillent ? J’adore ces moments de partage et de rencontre, de découvertes d’autres façons de faire.

© Denny Hohmann

Dans le programme du printemps de la poésie, l’intitulé très séduisant : « Traduire des langues inventées » a très bien fonctionné sur moi. En cliquant dessus, je me suis rendu compte qu’il était donné par la seule traductrice suissesse que je connaissais pour de vrai (il n’y a pas de hasard, tout ça tout ça), puisqu’il s’agissait de Camille Luscher, rencontrée il y a environ plusieurs vies au festival de poésie, Pirouésie, dont je parle tout le temps ici. Il ne m’en fallait pas plus pour m’inscrire.

J’ai vraiment beaucoup aimé l’atelier de Camille, elle pétille quand elle raconte, elle est passionnée et passionnante, elle connaît très très bien son domaine, et c’est génial de l’écouter : plein de choses pour me nourrir, fouiller, alimenter ma propre pratique des ateliers d’écriture. Une journée à parler d’esperanto, de glossolalie, d’Orwell, de Queneau, de langue elfique, et de Klingon (ce qui m’a immédiatement donné envie de revoir Garden State).

Une collègue de FLE, Sophie, que j’aime beaucoup lire, partageait récemment ses retours suite à une formation Conte & FLE : comme j’ai trouvé ça intéressant, j’ai eu envie de faire la même chose à propos de cet atelier d’écriture. (Merci Sophie !)

Voici donc cinq pensées qui m’ont traversée dans les jours post-atelier d’écriture.

1) Il faut aller chercher le public qu’on veut toucher

Très souvent, je suis la plus jeune aux ateliers auxquels je participe. Aux ateliers que j’anime aussi, d’ailleurs (sauf quand je vais en maternelle, évidemment). Je me doute bien que ça va changer avec le temps (logique implacable), et je me demande souvent pourquoi, POURQUOI, les ateliers d’écriture n’attirent pas plus de jeunes. À l’atelier d’écriture de traduction de langues inventées, il y avait trois étudiant.e.s. Par quel miracle ? L’atelier se déroulait à la Grange de Dorigny, un (très beau) théâtre qui se trouve… sur le campus de l’université. Quand on veut toucher un public spécifique, il faut d’abord… le côtoyer. Alors dit comme ça, ça paraît évident, mais j’ai l’impression que c’est souvent omis dans nos pratiques… à garder en tête, donc.

2) Tout est matière à l’écriture

Camille Luscher, traductrice de l’allemand vers le français, nous l’a dit d’entrée de jeu : ici, la traduction est prétexte à l’écriture. Il ne s’agit pas de vraiment traduire (puisqu’il s’agit de langue inventée), mais d’aborder l’écriture par le prisme de la traduction. Passionnante plongée dans ce monde que je suis d’un peu loin (voilà un métier que j’aimerais faire, dans une autre vie !), approche des questionnements traversés, des choix à faire, des angles à adopter.
On peut écrire à partir de tout, et s’inventer ses propres règles. Il ne s’agit que de trouver des prétextes, de fabriquer de la matière (ou de la laisser se fabriquer elle-même), pour expérimenter avec les mots.

© Antranias

3) Il existe un Dictionnaire des langues imaginaires

traduction langues imaginaires
Et je me dis que c’est un formidable pied de nez à la start-up nation et à tou.te.s celleux qui ne jurent que par l’utile. Que des gens inventent des langues – avec parfois des syntaxes complètes, des déclinaisons, des univers entiers derrière -, soit, mais que d’autres gens fassent un travail extrêmement minutieux pour regrouper et classer toutes ces langues inventées, je trouve ça tout simplement merveilleux. Ce livre rejoint donc directement ma liste de futures acquisitions.

4) L’écriture est un muscle

En termes d’écriture, j’ai eu l’impression de débloquer quelque chose dans le dernier exercice proposé. Les cordonniers étant les plus mal chaussés, j’ai en effet mis du temps à me sentir « à la hauteur ». En effet, il y avait plein de traducteur.rice.s et étudiant.e.s en traduction dans les participant.e.s. Bon, concrètement, ça ne les avançait pas à grand-chose puisque, je le répète, il s’agissait de langues inventées… Mais allez dire ça à mon cerveau quand il panique : pas moyen ! Comme le temps d’écriture proposé était un temps long (1h15) (après un temps d’écriture tou.te.s ensemble), j’ai eu un peu trop le temps de cogiter.
J’adore ces temps longs d’écriture, mais plutôt lorsque je suis déjà échauffée, que j’ai déjà fait quelques tours de terrain. Là, j’ai été juste un peu prise au dépourvu, à hésiter entre mille possibilités et propositions (tant toutes étaient alléchantes) avant de me lancer pour de bon parce que l’heure tournait.
Je me rends compte que j’applique dans mes ateliers ce qui fonctionne POUR MOI : peu de temps d’écriture (en tout cas au début) et avec de la contrainte assez forte, comme ça, on n’a pas le temps de réfléchir à autre chose qu’à ce qu’on doit écrire et on y va ! ;-) Intéressant donc, de se confronter à d’autres pratiques pour réaffirmer, questionner et faire évoluer les siennes !

© skeeze

5) L’atelier d’écriture comme terrain de rencontre

Je suis rentrée en train avec M. et A.
M. m’a raconté un peu son parcours jusque là, les petits et grands virages de la vie. Je l’écoutais les yeux grand ouverts et la bouche presque bée.
Je me suis dit (et redit et reredit) que c’était bien là une excellente raison de participer/d’animer des ateliers : les gens.

 

 

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