brève de cours {03}

Une des choses que j’aime dans le fait d’enseigner en milieu homoglotte, c’est les progrès parfois incongrus que les apprenant.e.s font à l’extérieur du cours, parce qu’ils.elles sont en contact avec des gens dont le français est la langue maternelle et captent des mots, des expressions, des tics de langage par cette simple proximité.

Le plus drôle est sans doute quand les apprenant.e.s s’approprient un mot familier sans s’en rendre compte du tout. Je me permets d’en rire car beaucoup ont ri de moi quand j’ai appris le slovène au contact à la fois d’adolescents en décrochage scolaire et d’enfants de 3-4 ans, ce qui apparemment donnait un mélange haut en couleurs qui m’échappait tout à fait (imaginez des phrases comme « p*tain ça me gave j’ai mal au bidon »). Bref. C’est comme ça que je me suis rendu compte que mes étudiant.e.s B1 ne comprenaient pas « en état d’ébriété » mais savaient parfaitement ce que « bourré.e » voulait dire. Quand ils.elles m’ont demandé l’équivalent de « tipsy », j’ai eu du mal à trouver un mot ou une expression du registre courant qui pourrait correspondre… « J’ai un peu bu », où on insiste sur l’action plus que sur le résultat ? « Je suis légèrement ivre », où l’adverbe vient délicieusement atténuer la gueule de bois ? Finalement, tout ce qui m’est venu, c’est « pompette ».

C’est seulement lorsque j’ai eu fini d’écrire ça au tableau que je me suis rendu compte de la bizarrerie du mot. Les questions n’ont pas traîné : c’est un adjectif ? Au masculin, on dit « pompet » ? Ou bien, c’est un nom et on dit « je suis une pompette » (allez, ça pourrait être chouette !) ? Et surtout : « ça vient d’où ? ». L’ignorant complètement, me voici à rechercher à la maison l’étymologie de « pompette »… ce qui s’avère plus compliqué que prévu :

« J. Orr part de poupette « poupée (de chiffons) » (qui serait issu de la famille de poupée), dont pompette serait une variante nasalisée qui aurait pris le sens de « noeud de rubans, pompon » puis, par l’intermédiaire d’une locution non attestée avoir sa pompette, être en pompette « être paré, sur son trente et un », celui de « content ou fier de l’être », « gai », et enfin « ivre ». » (source )

Oufti ! Heureusement, le CNRTL enchaîne en écrivant :

« Cette hypothèse repose cependant sur un cheminement sémantique complexe et dont plusieurs éléments ne sont pas attestés. »

Je suis prête à parier que J. Orr, avait lors de sa proposition, un petit coup dans le nez !

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