De la poésie dans un sac poubelle

Sous le sapin à Noël, j’ai trouvé une enveloppe de ma sœur qui disait peu ou prou “Bon pour un recueil de poésie qui n’est pas encore arrivé aaaargh”. Il n’était pas prévu qu’on se recroise mais quelques jours plus tard, elle allait chez mes grands-parents juste avant que j’y aille à mon tour. Je lui ai donc suggéré (et tu noteras que je ne perds pas le nord 😅) qu’elle laisse le paquet chez eux pour que je l’y trouve quand j’y arriverais. Mais une fois arrivée chez mes grands-parents, rien au pied du sapin. Commence alors une grande chasse au cadeau, à la recherche du recueil de poésie perdu.

Ma sœur me donne des indices par message. 
“C’est une grande enveloppe cartonnée !”
“Avec ton prénom écrit en grand dessus !”
“Je l’avais mise sur la desserte de la salle à manger !” 
Mais sur la desserte du salon, il n’y a rien. On cherche dans les piles de magazines sur la table basse, derrière les fauteuils, sous le buffet. Mamie se remet même à feuilleter toutes les photos qu’ils ont regardées pour le Nouvel An au cas où la grande enveloppe cartonnée se serait cachée entre deux clichés. Franchement peu probable, mais pour la poésie, on fait des efforts. 

Finalement, Mamie me dit : “j’ai peur que l’enveloppe soit partie… à la poubelle. Si elle était sur la desserte de la salle à manger, et étant donné que nous avons échangé tous les cadeaux pour le réveillon dans cette même salle à manger et qu’il y avait des emballages partout… et qu’on a ensuite tout rangé tout jeté… » 

OH NON PAS LA POUBELLE 😬 

Les poubelles de tri sont au bout de la rue et normalement n’ont pas encore été ramassées. Nous voilà donc ce 2 janvier à enfiler des chaussures pour sortir dans la nuit, mettre nos téléphones en lampe de poche, et plonger dans la benne pour scanner les sacs (« ah, là, du chocolat suisse, c’est chez vous ça non ? », “ah oui, là je reconnais le yaourt !”), en ressortir deux que nous ramenons à la maison.

De la poésie dans un sac poubelle

Mamie est allée chercher des gants pour les ouvrir, et c’est parti. Emballages de nourriture, papiers cadeaux, magazines de pub… mais pas d’enveloppe cartonnée.  
L’amoureux : dire qu’on est en train de faire du dumpster-diving pour de la poésie !
Moi : franchement, si on retrouve l’enveloppe, je sais de quoi parler dans ma première newsletter de l’année !
Mamie : bon ben ça n’a pas l’air d’être là, mais enfin, où est-ce qu’elle a bien pu passer ? (🧡) 

On a laissé tomber, ramené les sacs au bout de la rue, et on est rentré·e·s penaud·e·s. Enfin penaud·e·s pas tout à fait, puisqu’on a continué à réfléchir et à dérouler les événements. Mamie a refait un tour de toutes les chambres (c’est une grande maison), et là… soudain, elle était là ! L’enveloppe cartonnée sous un livre entre une couverture pliée et un lit défait. On ne sait pas pourquoi. On ne sait pas comment. Mais là avec mon nom dessus et mon livre dedans (et quel livre, bon sang !)

poésie Myriam Oh

Alors ce que je te souhaite pour cette année, c’est de trouver (et de glisser) de la poésie partout, surtout là où on n’y aurait pas pensé.

PS : Et puis quelques vers de la première page de ce livre, donc : Ce n’est pas ce que tu n’as pas dit mais la manière dont tu t’es tu, de Myriam OH, parce que je trouve que c’est une belle intention pour cette nouvelle année : tu es né pour briller 
mais pas tous les jours mais pas par tous les temps 
fais-toi ce qu’il faut de taches de bosses de fêlures 
donne-toi le luxe du relief 
ne laisse jamais personne juger de ton éclat.

Psst, cet article a d’abord été publié sous forme de newsletter le 9 janvier 2022. Envie d’en recevoir plus dans ta boîte aux lettres ? C’est par là !

Choisir des thèmes d’ateliers d’écriture, saison 2021-2022

Ça fait trois ans que je suis le même processus pour choisir mes thèmes d’ateliers d’écriture de l’année. Un processus qui me permet de réunir deux besoins qui me sont chers :

  • celui de cohérence, d’un fil rouge sur lequel tirer toute l’année, aussi léger soit-il,
  • et celui de surprise, de contrainte, qui, comme en atelier, libère ma créativité.

Depuis trois ans, donc, je choisis une chanson aimée, et je pioche dans les paroles cinq mots, ou expressions, qui deviennent mes cinq thèmes de l’année. J’explore alors chaque terme sous des angles différents pendant deux mois (deux ateliers).

Je ne sais plus comment j’ai découvert les chansons de Phanee de Pool. Sans doute encore un coup de l’algorithme de Spotify qui s’en sort franchement pas mal. Ce que je sais, par contre, c’est que très vite, je me suis dit que la fin de la chanson Bâton vanille était une superbe proposition d’écriture à elle toute seule :

« Tu es l’année sans les saisons
Le piano sans le clavier
Tu es le toit sans la maison
Tu es l’échec sans le damier
Tu es l’avion sans le pilote
La balle sans pistolet
La portée sans les notes
Tu es le vœu sans le souhait »

En plus d’aimer les musiques et la voix de Phanee de Pool, j’aime aussi la fantaisie qui se dégage d’elle, et comme j’ai découvert qu’elle était suisse, et qu’elle jouait très régulièrement par ici, je me réjouis d’aller goûter à son énergie sur scène !

Quand, la semaine dernière, j’ai passé en revue les chansons que j’avais le plus écoutées ces derniers mois, Bâton vanille est assez vite sortie du lot.

ateliers d'écriture rire
Quand je vous dis que les ateliers d’écriture me réjouissent…

Cinq thèmes d’ateliers d’écriture créative

Cette année, nous écrirons donc autour et à partir des thèmes :

  • Vacarme sans un bruit (septembre-octobre)
  • Cavales (novembre-décembre)
  • Nuit (janvier-février)
  • Lucioles (mars-avril)
  • Saisons (mai-juin)

Je ne sais pas encore ce que je mets derrière chacun de ces termes mais j’ai commencé mes petites listes de références dans lesquelles retourner plonger en temps voulu pour vous faire des propositions nourries et créatives, qui vous permettront de creuser un thème et d’en suivre les ramifications, et d’écrire les histoires qui vous tiennent à cœur.

Je me réjouis, tellement, de cette année avec vous !

Et pssst, nouveauté saison 2021-2022, si vous avez envie de vous offrir une pause créative régulière… vous pouvez acheter un abonnement de 5 ou de 10 séances ! Dates au choix dans la mesure des places disponibles. Paiement en plusieurs fois possible. Youpi 🙂

D’un atelier d’écriture à mon premier roman : tirer le fil

La semaine dernière, j’ai lancé la campagne de financement participatif pour mon premier roman, Je ne suis pas née ce matin.

La semaine dernière aussi, en atelier d’écriture, une participante qui venait pour la première fois a dit après un tour de lecture : « Mais j’ai l’impression que vous avez toutes des idées. Moi, je ne sais pas avant d’écrire ce que je vais faire. » On lui a avoué qu’on faisait extrêmement bien illusion parce qu’en vrai… on ne savait pas non plus. Par contre, ce qui était peut-être différent entre nos premiers ateliers et maintenant, c’est qu’on faisait confiance à ce petit fil à tirer, au minuscule bout de quelque chose qui peut se mettre à grandir dès lors qu’on lui laisse l’espace de s’exprimer.

Premier roman : comment ça commence

Je me suis formée à l’animation d’ateliers d’écriture en 2012. À ce moment-là, j’ai participé à pas mal d’ateliers. C’est dans l’un de ceux-là, qui se donnait à partir d’une expo, que l’on m’a fait écrire autour d’un masque (pas les masques de 2020-2021, des masques de costumes). Je l’ai lu et quelqu’un a dit qu’on avait envie de savoir la suite. Alors plus tard dans la journée, avec une autre proposition, j’ai repris le même texte et j’ai tiré mon fil. Je suis rentrée chez moi le soir avec deux pages. J’ai raconté ma journée à ma coloc de l’époque. J’ai dormi. Et puis le lendemain, j’ai repensé à ce texte. J’en ai écrit un autre bout. Et puis un autre.

Aujourd’hui, je sors un roman, mon premier-jusqu’au-bout, fini retravaillé réécrit refini reretravaillé réréécrit infini, et s’il n’a plus grand-chose à voir avec ces premières pages, c’est malgré tout grâce à elles qu’il existe. Il s’appelle Je ne suis pas née ce matin, je t’en en ai déjà parlé plusieurs fois, et cette fois-ci, il est vraiment presque là. D’ailleurs, ce sont vos commandes qui l’aideront à exister tout à fait. Je suis toute émue de vous en parler. Un si grand merci, déjà, à celles et ceux qui ont ululé ! <3

Vous m’aidez à savoir combien je dois en imprimer ?

>> Découvrir le roman.

couverture premier roman
Apparaître disparaître, cette magnifique illustration d’Anaëlle Clot, qui sera en couverture du livre \o/

Et vous, sur quel fil avez-vous envie de tirer ? Venez le découvrir en atelier !

Le temps qu’il faut

Début avril. Fin d’un programme de coaching que je suivais depuis plusieurs mois pour m’aider à développer mon activité à partir de moi. Anaelle nous fait lister ce qui s’est passé et comment on s’est senties, mois par mois depuis juillet dernier. On plonge dans nos agendas, souvenirs et carnets. On retrace la mémoire.

À l’issue de l’exercice, deux choses sont flagrantes.

  • La première : wahouuu, tout ce qui a bougé !
  • La deuxième : parfois, il faut du temps pour que les choses se passent, prennent leur place. Du temps entre le premier frottement d’inconfort où l’on se dit « ah tiens ? ah bof » et le passage à l’action pour changer ça. Et… je ne suis pas sûre qu’on puisse y faire grand-chose. Qu’on puisse éviter ces périodes-là, les faire disparaître. Tout au plus les observer avec bienveillance et curiosité. Mais clairement, quand on est au milieu du marasme, la bienveillance et la curiosité, on les jetterait bien par la fenêtre.


J’ai l’impression que lorsque les choses sont prêtes à bouger… elles bougent.

Lancer un projet d’autoédition

Cette semaine, j’étais en résidence d’écriture et j’ai travaillé sur l’autoédition de mon livre à venir.

J’ai pris la décision en décembre, et ça fait des mois que je tourne autour. Que j’hésite, que j’envisage mille plans logistiques, que je fais des budgets, que je soupèse différentes options. Bon, que je tourne en rond. J’ai dit aux amies d’écriture : « je ne pars pas d’ici sans avoir décidé qui quoi comment ». Et pourtant, mardi, ce n’était pas DU TOUT prêt à bouger. À chaque piste que les filles proposent, je vois ce qui ne va pas, et quasiment que cela, j’ai des élans de « oui mais » qui empêchent d’aller plus loin.

Quelque chose en soi lutte.

Des cailloux en renfort

Je suis allée marcher. Sur le chemin, j’ai ramassé des cailloux, un par peur que j’avais par rapport à ce projet. En faisant ça, je me suis rendu compte que je n’avais pas été obligée de ramasser quatorze mille cailloux. Non, mes peurs tenaient en six petites pierres au creux de la main. Ça remet déjà du réel, de voir ça. J’ai gardé les cailloux dans ma paume en les faisant changer de place et en les écoutant s’entrechoquer. Parfois, l’un d’eux tombait et je le ramassais. Je leur laissais la place dont ils – les cailloux -, dont elles – les peurs – avaient besoin.

Je suis revenue de ma balade, je les ai posé·e·s, sur et dans mon carnet. J’ai repensé à cette tradition du nouvel an kirghize, où les femmes préparent le sumalak, une bouillie épaisse à base de graines de blé germées et d’eau. Au fond du chaudron, des pierres. Quand on mélange, on les entend se rencontrer. Le sumalak doit être remué pendant vingt-quatre heures d’affilée (!), et les femmes, pour cela, se relaient. J’ai remercié les filles et le vent d’avoir éclairci mes idées.

Le temps qu’il faut

Vingt-quatre heures plus tard, les choix étaient posés, les décisions prises, les mails envoyés. Ce qui m’avait paru si compliqué et inextricable avait maintenant le goût de fluidité.

Je t’écris depuis le train du retour. J’ai ramené les cailloux avec moi. Mais, c’est décidé, je vais les jeter dans la rivière en bas avant de pousser la porte d’entrée.

Voilà. Parfois, il faut du temps.
C’est ok.
Bienveillance et curiosité.

PS : Et maintenant, donc, que tout ça a bien bougé, je peux te le dire : les précommandes du livre arrivent très très vite :))

Psst, cet article a d’abord été publié sous forme de newsletter le 21 avril 2021. Envie d’en recevoir plus dans ta boîte aux lettres ? C’est par là !

« Je ne suis pas créative »

Pendant longtemps – mais alors vraiment très longtemps (30 ans quoi) – j’ai cru que je n’étais pas créative. Alors même que je donnais des ateliers d’écriture créative, tu vois l’embrouille ? Quand les gens me renvoyaient ma créativité, j’étais là : « oui ahah ok vu lol ». Je ne comprenais pas de quoi ils parlaient.

Je n’ai pas mille idées à la seconde

Il y a quelque temps, je suis allée débusquer la croyance qu’il y avait derrière ça. Je me suis rendu compte que pour moi, les gens qui étaient créatifs, c’était ceux qui disaient : « j’ai mille idées à la seconde » (ou minute, à la limite). Point barre. Et moi je n’ai pas du tout ça, rien que l’expression me met en panique et j’ai l’impression d’imploser (oui, je la prends très au pied de la lettre : quoiii, MILLE IDÉES mais ça doit être insupportaaaable, help je veux du silence dans ma tête).

Moi, j’ai UNE idée de temps en temps, mais quand elle arrive jusqu’à moi et que je commence à lui accorder de l’attention, elle mûrit pas trop mal, et du coup, j’ai souvent envie de ne pas la lâcher. Ce qui est plutôt très cool. Mais pendant des années, donc, j’ai juste trouvé ça nul parce que les vrais gens créatifs avaient plus d’idées plus souvent et je n’étais donc pas de ces gens-là.

Légèreté, créativité, envol

J’expliquais il y a quelque temps dans un post sur Facebook que j’avais choisi trois mots comme intentions pour 2021 : légèreté, créativité, envol. « Ce sont des phares pour quand je me sens perdue, quand il y a trop d’infos extérieures, trop de propositions, trop de projets, trop de bordel, trop de sollicitations, trop d’angoisses : est-ce que l’info, la proposition, le projet, la sollicitation en question vient nourrir une de ces intentions ? Ou bien est-ce que ça m’en écarte ? Quand ça tangue trop, quelles pistes m’ouvrent ces mots pour revenir au centre ? Comme une envie de garder le cap dans les tempêtes. Ça ne veut pas dire ne pas se laisser toucher par le reste, mais baliser le chemin. »

J’ai commencé à regarder ce que ça donnait, chacun de ces mots dans mon quotidien.

(quand j’essaie d’appliquer le mot « envol » dans la vraie vie)

Apprivoiser son fonctionnement plutôt que lutter contre

Pour envol, je me suis demandé ce qui empêchait de décoller. Et j’ai pris conscience que toutes les fois où je juge mon fonctionnement plutôt que de voir comment en tirer parti, c’est de l’énergie que je mets à la poubelle (même pas de tri sélectif).
Quand je me raconte que je ne suis pas créative alors que je pourrais plutôt regarder comment me mettre au service de mon-unique-idée-de-temps-en-temps.
Ou bien quand je me maudis de préparer un atelier ou une formation à la dernière minute alors que c’est clairement comme ça que je suis la meilleure et que je pourrais me reposer sur cette certitude-là et passer tout le temps avant à faire autre chose plutôt que d’essayer de fonctionner autrement.
Ou encore quand je me méprise d’avoir du mal à être dans des groupes d’inconnus (chose rare ces mois-ci, mais admettons) alors que je pourrais me demander comment me donner de la douceur à cet endroit-là pour me faciliter la tâche.
Etc.

Bon, dit comme ça, ça a l’air tout bête. Pour la transparence, il y a quelques semaines, j’étais en stage d’écriture, et j’ai passé beaucoup de temps à me dire que je n’écrivais pas pour de vrai. Tout ça parce qu’une participante était plongée dans une saga de fantasy, alors que mon perso à moi se déplace dans 100 mètres carrés et beaucoup dans sa tête, et qu’elle contemple l’herbe, fait du thé et… réfléchit à la vie. Youhou. Autant te dire que le gong terrible du « Il ne se passe rieeeeen c’est pas un vrai texte » est venu résonner *un certain nombre de fois* à mes oreilles.

Je sais donc que c’est un travail de longue haleine. Mais comme les idées auxquelles j’accorde de l’attention, je vais laisser grandir sagement cette question-proposition : « Qu’est-ce qui se passe si j’arrête de vouloir fonctionner autrement et que je me recentre sur la découverte de mon propre mode d’emploi ? »

Et toi, où est-ce que tu peux récupérer de l’énergie ?

Toi, pas créative ?? Créative malgré toi !

Si le sujet de la créativité te titille et que tu as déjà pensé que tu n’étais pas quelqu’un de créatif, voilà qui pourrait t’intéresser. On donne une causerie dessinée, « Créative malgré toi », sur cette thématique avec Anna Lentzner, illustratrice et facilitatrice graphique.

causerie dessinée

Une causerie dessinée, qu’est-ce que c’est ? Un espace où :

  • je te raconte des histoires et des découvertes pour t’accompagner dans l’appropriation de ta propre créativité,
  • tandis qu’Anna les dessine – en direct et de façon improvisée ! (et potentiellement avec des contraintes que je lui impose sans qu’elle soit au courant de rien, mwahaha #lacontraintelibèrelacréativité).

Ça se passe le jeudi 15/04, à 20h, et c’est à prix libre et conscient. L’inscription est obligatoire pour recevoir le lien d’accès, c’est par là !

causerie dessinée

Psst, cet article a d’abord été publié sous forme de newsletter le 17 janvier 2021. Envie d’en recevoir plus dans ta boîte aux lettres ? C’est par là !