L’atelier d’écriture contre les mauvais souvenirs d’école

Dans un des ateliers d’écriture en ligne de la semaine dernière, une participante m’a demandé pourquoi je donnais des temps d’écriture qui n’étaient jamais des chiffres ronds. Je ne propose jamais 10, 15 ou 20 minutes d’écriture, mais plutôt 7, 13, ou 18… Et j’ai trouvé que c’était une si bonne question qu’elle méritait un article – dont acte.

L’écriture et les mauvais souvenirs d’école

Souvent, je fais écrire des gens qui n’ont pas de très bons souvenirs de l’école. Des souvenirs cassés, de suées sur des rédactions, de peurs de ne pas y arriver. Ce qui me rend triste et me donne envie de leur présenter absolument toutes les profs géniales qui m’entourent (merci / bravo / soutien et big up à celles qui font des ateliers d’écriture dans leurs classes, c’est précieux !). Mais le fait est là : l’école est derrière, et faire la démarche de venir en atelier d’écriture est un grand pas vers la réconciliation avec une partie de soi qu’on a parfois bien mise de côté : celle qui se sent capable de mots.

Alors, c’est vrai, même si moi, j’ai beaucoup aimé l’école, je donne tout pour bien montrer que les ateliers d’écriture ne sont pas l’école (ou en tout cas pas celle que les gens ont en tête et qui date d’il y a 30, 40, 50 ans…).

atelier d'écriture école

Michelle Maria, pixabay

Atelier d’écriture et écriture à l’école (traditionnelle) : le jeu des 9 différences

Pour bien montrer que ce n’est pas le même contexte, voilà ce que je fais :

1. Donner des temps farfelus parce que ça vous fait sourire et que c’est déjà ça de gagné (je détestaiiiis les devoirs sur table de philo de 4h par exemple, j’aurais préféré de loin qu’on me dise que j’avais 3h47 ! 😬)

2. Répéter que la proposition d’écriture est une proposition et non pas une consigne, et qu’elle peut donc être détournée, consciemment ou inconsciemment, respectée à moitié ou au quart, que l’enjeu se trouve ailleurs, simplement dans le fait de se mettre en écriture, que n’importe quel texte sera le bienvenu.

3. Mettre à disposition (ça marche mieux en présentiel qu’en virtuel, par contre), tous types de papiers : petits, grands, post-it (pour les gens qui pensent qu’ils n’ont pas d’idées… ça fait moins peur qu’une feuille A4 !), blancs ou de couleur, lignés ou à carreaux, papier à en-tête avec écrit “liste de courses”… Agrandir aussi sa collection de matériel d’écriture : crayons de couleur, crayons papier, feutre, stylos… que chacun·e puisse choisir ce qui lui va le mieux, dans l’instant.

4. Mettre à disposition aussi goûter, petit-déj, apéro (en fonction de l’heure, quoi), biscuits, chocolat, thé, café… Les endroits où il est interdit de boire ou de manger me rappellent les examens sur table, avec les pupitres espacés de deux mètres, brrr, l’angoisse !

5. Encourager à écrire debout, assis·e, couché·e, ici, ailleurs, à bouger, aller respirer dehors, s’installer là où c’est le mieux et le plus confortable pour soi.

6. Expliquer que ça ne sert pas à grand-chose de réfléchir longtemps avant (on n’a pas le temps). L’exercice de l’atelier d’écriture, c’est d’apprendre à dire oui à ce qui est là. Exit les plans et les stratégies.

7. Rappeler qu’il n’y a pas de notes, pas de ramassage des copies à la fin. Que toutes les questions qu’on peut se poser qui commencent par “il faut… ?” recevront une réponse négative : nope, il ne *faut* rien du tout !

8. Écrire en même temps que les participant·e·s (la majorité du temps), parce que je ne suis pas sachante, je suis en expérimentation comme vous, avec vous… Et parfois plus déstabilisée que vous par mes propres propositions, ahah.

9. Essayer de varier au maximum les déclencheurs d’écriture : beaucoup de littérature bien sûr (avec si possible autant d’autrices que d’auteurs, même si je n’y arrive pas encore toujours, la faute à quelques années passées à lire plus d’hommes que de femmes, je me rattrape doucement), mais aussi des projets farfelus, des découvertes au hasard d’Internet, des morceaux de musique, des bouts de films…

C’est pour tout cela que je me raidis légèrement quand on me demande des infos sur mes “cours d’écriture”. Tout à coup, ça m’envoie très très loin de ce que j’ai envie de faire, de cet espace que j’ai à cœur de créer : un atelier-laboratoire-terrain-de-jeux. Pour toutes celles et tous ceux qui auraient au moins une toute petite envie de venir y mettre les pieds. 👩‍🎨👩‍🔬🕵️‍♀️

Et vous, ils ressemblent à quoi vos souvenirs d’écriture à l’école ? Je serais ravie de vous lire en commentaire !

Le pouvoir des mots : moins subir et mieux gérer le confinement #Coronavirus

Quand je me retrouve à expliquer mon activité à quelqu’un, je dis souvent que j’anime des ateliers d’écriture parce que “les mots sont un outil de pouvoir” : quand on les maîtrise, on est plus fort·e, on a plus de crédibilité auprès des autres, on est plus entendu·e·s. Mais ils constituent un pouvoir aussi pour soi-même…

Dans cette période troublée, je vous propose une expérience qui montre sacrément bien le pouvoir des mots.

Ma (re)découverte de la Communication NonViolente

Ces dernières semaines, j’ai commencé à me former à la Communication NonViolente. C’est une approche que j’ai découverte il y a maintenant une dizaine d’années, et que j’ai toujours essayé de mettre au maximum au cœur de mes relations – avec mon amoureux, notamment. Ces derniers mois, j’ai souhaité expérimenter une pratique vivante et vibrante, en mouvement, me re-confronter à la théorie, et rencontrer d’autres personnes sur le même chemin.

Le premier stage m’a donné élan et envie d’aller plus loin, m’a fait découvrir que la CNV était infiniment plus que ce que je savais d’elle (principalement ses 4 étapes : observation, sentiments, besoins, demande). J’aurais mille choses à partager sur cette formation (dites-moi en commentaire si jamais ça vous intéresse que j’en parle dans d’autres contenus), mais c’est surtout sur un exercice qu’on a fait dans le groupe de pratique quelques jours plus tard que je voulais revenir.

Un exercice de CNV pour reprendre le pouvoir grâce aux mots

Il consistait à :
Lister 3 à 5 choses qu’on fait dans notre vie parce qu’il *faut* les faire, mais qu’on effectue sans envie, sans joie, sans pétillements… Dont on se passerait bien, quoi ! Ces phrases commencent par « Je dois » ou « Il faut que… ».
Remplacer dans la phrase le « Je dois » ou le « Il faut que » par « Je choisis de », compléter ensuite par « parce que je veux… » et terminer librement, en écriture quasi-automatique.
Transformer le « parce que je veux » en un besoin type CNV. En CNV, les besoins sont, en gros, immatériels (on n’a pas besoin de chocolat, on a besoin de réconfort), et au service de la vie (on n’a pas besoin de se battre, on a besoin de se défouler), entre autres caractéristiques.
Lire à voix haute les deux phrases et voir ce que ça fait dans le corps : est-ce que ça change ? Est-ce que ça bouge ? Qu’est-ce qu’on ressent ?

Le pouvoir des mots au temps du #Coronavirus

J’ai repensé à cet exercice hier, quand après avoir regardé une vidéo sur la situation en Italie, je me suis dit : « Ces prochains jours, il faut que je reste au maximum chez moi. »

Dans le corps, ça fait grrrrmpppf, le ventre un peu serré, les sourcils qui se froncent et la moue boudeuse, parce que déjà que la travadrouille en Normandie est annulée, comment ça va être si on ne peut même plus chanter à la chorale, goûter avec M. dans notre café préféré et aller pleurer dans une salle de ciné ? Bon. Et là, tilt, l’exercice de CNV !

Alors, on y va :
« Ces prochains jours, je choisis de rester au maximum chez moi parce que je veux que tout ça finisse le plus vite possible, ne contaminer personne, limiter les risques, rester en bonne santé et en vie. »

Les besoins CNV dans ce cas-là, ça pourrait être :
– que tout ça finisse le plus vite possible : besoin de normalité, de préservation du temps et de l’énergie
– ne contaminer personne : besoin de contribution au bien-être de l’autre
– limiter les risques : besoin de sécurité
– rester en bonne santé : besoin de respect de soi, de contribution à son propre bien-être, d’abri

Ok, si je relis ma phrase avec les besoins qui me parlent le plus, ça donne : « Ces prochains jours, je choisis de rester au maximum chez moi parce que j’ai besoin de préserver mon énergie, de contribuer à mon propre bien-être et à celui des autres, j’ai besoin d’un abri et de sécurité. »

J’attends pour voir ce que ça fait dans mon corps (pour l’instant, c’est ma grosse difficulté… sentir avec le corps plutôt qu’avec la tête ???! C’est possible, ça ?? uuuuh). Ça fait : la mâchoire qui se desserre un peu, les côtes qui s’écartent, ça respire plus vaste, et le ventre se dénoue.

En changeant simplement ma façon de formuler, je reprends la responsabilité de mes actions. Je ressens moins ça comme quelque chose de subi : finalement, limiter les sorties hors de chez moi, ça remplit plein de mes besoins aussi !

Mon judas… qui fait la tête

La photo, c’est mon judas. Vous aussi, vous le voyez, le petit bonhomme étonné, tout surpris de me voir m’approcher de l’entrée, ou plutôt, de la sortie ? Comme une façon de me re-questionner à chaque fois : Est-ce que cette fois-là, passer la porte, c’est vraiment la meilleure option ? (Et parfois oui !)

Prenez soin !

J’écris toujours la même chose, catastrophe !

C’est une de ces périodes groumpf où tu n’arrives pas à te défaire de la sensation que tu écris toujours la même chose ? J’ai deux bonnes nouvelles pour toi : la première, c’est que tu n’es pas le/la seul·e, et la deuxième, c’est que… ce n’est pas (forcément) grave !

“Non mais moi, j’écris *vraiment* toujours la même chose”

Sur Twitter, il y un compte que je suis qui s’appelle @MagicRealismBot. Il génère de manière aléatoire des “histoires magiques toutes les 4h.” On peut donc par exemple y lire (en anglais) :

  • – “Il y a un lion à Buenos Aires qui est trente fois plus courageux que toi.”,
  • – “Un psychologue possède une lettre de Spinoza sur le thème de l’horreur.”,
  • – “Une hygiéniste dentaire palestinienne déprimée achète une paire de lunettes qui lui permet de voir, écouter, sentir, toucher et goûter Airbnb.”
  • – “L’existence est en train de jouer au golf à Detroit.”

J’aime bien quand ces histoires surgissent dans ma timeline, et m’ouvrent de petites fenêtres vers ailleurs.

Il y a quelque temps, le robot a généré l’histoire suivante : “Un homme passe sa vie à réécrire un poème.”

j'écris toujours la même chose

© Prawny, pixabay

D’après les réponses au tweet en question, c’était même plus magique, juste réaliste. Florilège :

    • – Ah, c’est moi en fait.
    • – Ouhla, je me sens attaquée personnellement.
    • – Et même qu’à la fin, c’était nul
    • – Ceci… est la vraie vie.
    • – J’ai l’impression d’être observé
    • – L’histoire de ma vie.

Bref, tout le monde avait l’air de trouver ça vachement proche de soi, mais en version pas agréable. Un peu comme quand on lit 1984 et qu’on se dit, “beuuuh mais on y est, en fait, là”.

Réécrire son poème, ça veut dire non pas retravailler le même texte encore et encore mais remettre sur le métier les mêmes problématiques, les mêmes nœuds, les mêmes obsessions, et voir comment elles surgissent dans chaque écrit.

J’écris toujours la même chose… et alors ?!

Très régulièrement, c’est pénible. Je passe par des phases où j’en ai archi-marre d’avoir l’impression d’être EN BOUCLE sur les mêmes sujets, carrément pas originale, même plutôt ennuyeuse à force (oui bon ça va, le rapport à la langue et au dire, on a compris).

Pendant longtemps, j’ai envié des auteur·rice·s qui m’avaient l’air d’écrire toujours du neuf, du différent, du nouveau. Dans le genre, j’ai été fascinée par l’œuvre de Laurent Gaudé (dont j’aime toujours beaucoup les bouquins par ailleurs) : j’avais l’impression – parce que ça changeait souvent de cadre spatio-temporel – que tout était toujours incroyablement original. Et puis à un moment j’ai compris que lui aussi (“même lui…”) avait des interrogations récurrentes, et que c’était ça – entre autre – qui faisait que je revenais à chacun de ses livres. Parce que je savais que ses territoires d’écriture entraient en résonance avec mes envies de lecture.

j'écris toujours la même chose-territoire

Tout ça pour dire : c’est ok, de passer du temps (sa vie, même) à réécrire son poème. Parce qu’on évolue et que ce qu’on dit des choses évolue avec, s’approfondit, se creuse.

Un jour d’archi-marre d’il y a des années, mon amie Julia m’avait dit : “Si tu écris encore là-dessus, c’est juste que tu n’as pas fini d’explorer le sujet”. Depuis, je pense souvent à ça. À un territoire d’écriture, comme à un pays où j’aimerais aller passer des vacances encore une fois parce que je n’en suis pas du tout lassée. Mais peut-être qu’après y avoir tendu le pouce l’été dernier, cette fois, c’est à vélo que j’irai.

Et toi, comment est-ce que tu gères l’idée que tu écris toujours la même chose ?

Envie d’expérimenter d’autres façons d’écrire ? L’atelier d’écriture peut servir à ça, bienvenue 🙂

Le poème fondu contre le syndrome de la page blanche

Un jour, Claire m’a écrit :

Quelle merveilleuse idée, qui balaie d’un coup le syndrome de la page blanche, la frayeur de commencer !!!

Wahou ! Mais quelle est donc cette idée si merveilleuse (et pas de moi, hein) qu’elle efface la page blanche (ou du coup, la remplit) et mérite trois points d’exclamation ? Eh bien, il s’agit du poème fondu, une forme d’écriture ludique et accessible à tou·te·s. Une invention de Michelle Grangaud, une des rares autrices de l’OuLiPo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle.

Le poème fondu, qu’est-ce que c’est ?

Sur le site de l’OuLiPo, la définition commence comme ça :

Le poème fondu consiste à tirer, d’un poème donné, un autre poème plus court, par exemple d’un sonnet, un haïku. On ne doit pas employer dans le haïku d’autres mots que ceux qui sont dans le sonnet, et on ne doit pas les employer plus souvent qu’ils ne le sont dans le sonnet.

Ça, c’est la version originale, mais comme la proposition d’écriture n’est que prétexte, je résume le poème fondu ainsi :

  • Vous prenez un texte A (la double-page d’un livre, par exemple – contrairement aux caviardages, pas besoin de le déchirer, ouf !). Vous n’avez le droit qu’aux mots de cette double-page pour écrire un texte B.
  • NORMALEMENT, vous n’avez pas le droit d’utiliser les mots plus de fois qu’ils ne sont dans le texte. Imaginez que vous découpez votre double-page, vous devriez pouvoir faire un collage de votre poème, sans que rien ne manque.
  • Mais bon, si vraiment vous voulez utiliser un mot plusieurs fois… allez-y !
  • NORMALEMENT, vous devez garder les mots du texte-souche absolument tels quels.
  • Mais parfois, un masculin serait ‘achement mieux au féminin, et un singulier aurait besoin d’un -nt à la fin pour servir votre texte… allez-y aussi !
  • NORMALEMENT, les mots de votre poème doivent TOUS être dans le texte.
  • Mais il arrive que vous ayez mal lu, ou qu’un mot ressemble à un autre à s’y méprendre, et oups, le voilà utilisé dans votre poème… et c’est ok !

Parce qu’après tout, l’essentiel, c’est d’écrire, n’est-ce pas ? À vous de voir ensuite le degré de contrainte que vous vous imposez !

Un poème fondu par jour pendant un an

À l’origine de ma redécouverte du poème fondu (forme que j’avais déjà expérimentée une fois ou l’autre en atelier), il y a mon amie Floriane Durey, qui en juin dernier, décide de se remettre un peu à l’écriture en écrivant un poème fondu par jour pendant l’été. Je lis avec plaisir ses poèmes sur le réseau bleu, et quelques semaines plus tard, alors que nous passons du temps ensemble, je la rejoins dans l’exercice. Ce que je pensais n’être qu’un exercice d’écriture de quelques jours devient un projet un peu plus ambitieux : très envie d’écrire un poème fondu par jour pendant un an (jusqu’au 26 juillet 2019 !) (oui bonjour je suis accro). Je voulais faire un bilan à 6 mois de poèmes fondus quotidiens mais devinez… la page blanche 😉

Bref, le projet a évolué, l’été est fini, Floriane a vogué vers d’autres textes, un groupe FB est né, d’autres se sont joint·e·s, avec des poèmes postés en commentaires ou gardés pour elles et eux, des textes tous les jours ou sporadiquement, des périodes creuses et d’autres fastes, la vie quoi. Un texte-souche (les pages 30 et 31 (choix aléatoire) de n’importe quel texte) y est posté chaque jour (un grand merci à Anne-Lise, fournisseuse efficace de pages-souches aux voix diverses et variées), et qui veut peut prendre la parole en commentaire, le jour même ou plus tard, quand c’est le moment.

Un grand merci à tou·te·s les participant·e·s, ponctuel·le·s ou régulier·e·s, c’est un plaisir de faire ça avec vous !

Mais donc, un poème fondu, ça ressemble à quoi concrètement ?

Pour vous donner une idée, je ne vais non pas vous montrer UN poème fondu, mais CINQ poèmes fondus d’un coup, à partir du même texte-souche. Car c’est bien ça, le supplément de bonheur à l’exercice : découvrir les poèmes d’autres à partir des mêmes mots d’origine.

La folle rencontre de Flora et Max, Martin Page et Coline Pierré

Ces pages-souches sont les pages 30 et 31 de La folle rencontre de Flora et Max, de Martin Page et Coline Pierré, à L’école des loisirs.

poème fondu Alexia
poème fondu Sophie
poème fondu Muriel poème fondu Pascaline poème fondu Amélie

Cette variété des voix, je trouve ça réjouissant !

Le poème fondu : par où on commence ?

Et comme il y a autant de poèmes que de personnes, il y aussi différentes techniques pour écrire son poème fondu. Parfois, elles évoluent au fil des semaines, parfois pas, on a trouvé sa façon de faire et on la garde.

Delphine commence par classer par colonnes noms, adjectifs, adverbes, verbes.

Sophie, quant à elle, “attrape des noms, des verbes, des adjectifs et adverbes [qu’elle] associe pour composer [s]on poème.”

Claude lit dans le désordre : “dans la non chronologie, je promène mon regard dans les mots de l’auteur de façon chaotique, anarchique, parfois je ne lis pas tout, j’abandonne les phrases un peu floues sur la photo. […] J’essaie de choper un mot, une sonorité, un mot-pulsion qui conviendrait à mon humeur floue du matin et c’est parti. Assemblage, désossage, délire, dans un premier temps je cherche, en disant à voix haute, une émotion venue juste de la juxtaposition, des sonorités, de la fluidité ou des ruptures, des répétitivités ou des télescopages.”

Anne-Lise, elle, voit “le texte d’origine comme une ossature dont [elle s’]autorise à parfois emprunter une cote ou un vertèbre pour peu [qu’elle s’]en écarte ensuite”.

On peut essayer “dans la mesure du possible de garder quelque chose de l’univers de l’auteur“, dit Marie-Laure, tout en affirmant sa propre voix, texte après texte : comment faire, d’un texte à chaque fois différent, un poème qui à chaque fois nous ressemble, ou du moins ressemble à une partie de nous ?

Quelles que soient les façons d’écrire, on se retrouve quand même, je crois, sur l’idée de “magie”. En d’autres mots, le poème fondu, c’est un moment pour cultiver l’étonnement, le jeu, la poésie.

Ce que cela m’apporte pour mon écriture même, c’est une ouverture, un grain de folie qui aide à mieux se connaître. (Marie-Laure)

Bonheur, étonnement de l’apparition d’une nouvelle agrégation de mots. Se laisser imprégner par ce texte imposé et l’imagination, avec jubilation, tisse un poème au fur et à mesure que l’intention apparaît ! (Sophie)

Pour le défi aussi. Et le plaisir de découvrir d’autres textes et auteur·rice·s, y compris les participant·e·s.

Je trouve que c’est vraiment une fonction importante, on découvre de nouveaux livres, de nouveaux auteurs, qu’on a envie de mieux connaître. (Marie-Laure)

Ce qui me plaît, c’est de découvrir de nouveaux auteurs et d’avoir envie de lire leur livre, d’être surprise et de sourire quand le texte de base sort de l’ordinaire (programme de spectacle, livre de botanique, etc), de tomber sur des mots que je connais pas, de les chercher dans le dictionnaire et de me donner le défi de les utiliser dans le poème. (Delphine)

Je rajouterais  : mine de rien, à coup de poèmes quotidiens, on accumule de la matière. Petit à petit, sans exactement s’en rendre compte. Et puis tout à coup, ça remplit des pages de document texte et on peut relire tout ça, voir des axes se dégager, des poèmes venir nourrir (ou pas) d’autres projets personnels. On peut remélanger, classer, en faire des petits recueils, des lectures, ou des cartes postales (grâce au graphisme de Nirine Arnold).

poème fondu_énigme_Amélie CharcossetEnvie d’en voir plus ? Rendez-vous sur les cartes postales fondues.

Envie d’expérimenter le poème fondu ?

Deux moyens pour cela :

– Envoyez-moi (contact @ ameliecharcosset . com) une photo de la couverture du livre de votre choix, et une photo de ses pages 30-31, ainsi que les références (titre, auteur·rice, édition) : on se fera un plaisir de l’utiliser en texte-souche dans les prochains jours.

– Rejoignez-nous sur le groupe Facebook Fondu·e·s de fondus pour lire les poèmes fondus des autres et en écrire à votre tour !

Et pour terminer, je laisse à nouveau la parole à Claire :

Après tout, les mots étaient déjà là : dans la double-page. Je pouvais prendre la matière, et modeler les mots comme de la terre. J’ai eu envie de jouer. Et sincèrement, c’est juste fabuleux car l’écriture était devenu un sujet de torture pour moi. Cette fois, l’envie et le plaisir sont devenus beaucoup plus forts que la peur de mal faire ou l’envie de bien faire.

Alors, vous venez ?

Mise en voix des textes d’atelier d’écriture : pourquoi et comment ?

Aujourd’hui, on parle valorisation de textes écrits en atelier d’écriture, notamment par la mise en voix. Et on peut même directement aller au cas pratique.

« L’écriture, ça sert à rien. »

Il m’est déjà arrivé de donner des ateliers en collège, où, à la fin de l’heure, quand la cloche sonne, les élèves s’égayent dans les couloirs en donnant de la voix, et restent, tristes sur les tables, quelques feuilles chiffonnées, pleines des mots qu’iels viennent d’écrire mais qu’iels n’ont pas jugé bon d’emporter avec eux. C’est que, vous comprenez, « madame, l’écriture, ça sert à rien. » J’ai, quand ça arrive, un pincement au cœur, le sentiment de ne pas avoir tout à fait réussi à leur montrer à quel point ce qu’iels avaient à dire comptait.

Comment faire, alors, pour qu’iels découvrent concrètement ce que l’écriture permet, ce à quoi elle peut donner naissance, pour qu’iels puissent se rendre compte, a posteriori, de l’importance qu’elle avait, et s’en souvenir pour la prochaine fois ?

Valoriser les textes d’atelier d’écriture

Il y a, après l’écriture, mille choses à inventer. C’est pour ça que j’aime les projets qui prennent plus de temps, qui peuvent s’ancrer dans le quotidien, qui se déploient. Et les projets qui vont au-delà du premier jet. Parce qu’ils aident à donner toute son importance à l’écriture en la faisant passer à une autre étape, en lui proposant une autre forme.

On peut transformer le contenu des ateliers d’écriture en…

    • – un livre(t),
    • – une exposition,
    • – une création plastique à base des textes qui les rend illisibles, juste pour signifier que l’écriture a eu lieu, comme sur cette photo, faite à l’issue d’un atelier d’écriture avec des femmes en reprise de formation,
Sculpture avec des textes d'ateliers d'écriture

Mise en voix

Tout peut s’imaginer, se concevoir et se fabriquer, en fonction des envies, des intentions, du public (et du budget ;))…

Mais ne croyez pas que ce besoin de valorisation n’existe que pour les enfants, les ados et les gens pas (encore) très à l’aise avec la langue, que nenni ! Tout le monde logé à la même enseigne ! Tout le monde persuadé que son texte ne vaut rien, et que même si valorisation d’une façon ou d’une autre il y a, « on n’est pas obligé de mettre mes mots dedans parce que moi, vraiment, je n’avais pas bien compris la consigne » ! (En vrai, on s’en fiche, en atelier d’écriture, la consigne n’est pas là pour être respectée.)

Les textes d’ateliers d’écriture… sur la bonne voiX !

La mise en voix  (ou lecture ou spectacle ou…) est une de mes réalisations préférées.

Si jamais vous vous posiez la question, OUI, lire ses textes en atelier d’écriture est un exercice difficile. On est intimidé.e, on se demande si on a bien fait ce qu’il fallait faire (même si la consigne n’est pas là pour… etc.;)), on peut être tout à coup submergé.e par une émotion qu’on n’avait pas prévue… Parfois, on balbutie un peu, ou on bute sur un mot, on n’arrive pas à se relire. Et pour les plus jeunes qui n’ont pas toujours l’habitude de lire, le résultat peut être monocorde : très concentré.e.s sur leur déchiffrage, iels en oublient le sens.

Si on se lance dans une mise en voix des textes, on travaille sur tout ça, avec des tas d’exercices de respiration, de diction, d’improvisation, de jeu théâtral… pour finir par créer une lecture ou un petit spectacle rythmé(e), qui mettra en valeur et en avant les textes produits. C’est ce qu’on avait fait par exemple pour le projet Acier refroidi, avec d’anciens ouvriers en sidérurgie.

Séance de préparation à la mise en voix du projet Acier refroidi

On se prépare pour la mise en voix du projet Acier refroidi…

Mais on peut aussi faire le choix de transmettre les textes à des professionnel.le.s qui s’en empareront. Là, les participant.e.s redécouvrent en spectacteur.rice.s des textes qu’iels ont écrits plus tôt. Et c’est un beau cadeau ! Alors oui, ça peut être un cadeau qui bouscule un peu (« mais il dit ça en riant alors que dans ma tête, ce n’était pas drôle du tout ! ») mais qui fait expérimenter aussi ce par quoi chaque personne qui publie (un livre ou autre) passe aussi : le fait de laisser vivre le texte, de voir les lecteur.rice.s s’y plonger et en faire leur propre interprétation.

Mise en voix

À la fin de la mise en voix de Ceci n’est pas un poème II, avec les participant.e.s aux ateliers sur scène…

Cas pratique : Cap ou pas cap ?

Au printemps dernier, ma collègue Laure m’a contactée au sujet de Cap sur l’ouest, la fête du district de l’ouest lausannois, district qui a dix ans cette année. La vidéo ci-dessous résume très bien la chose 🙂

L’idée était de proposer un texte qui serait déclamé par un comédien et qui retracerait un peu la vie du district. On s’est dit que le plus pertinent serait de faire écrire le texte en question par les habitant.e.s elleux-mêmes, vu que c’étaient quand même les premières personnes concernées !

J’ai donc animé, avant l’été, deux ateliers avec des participant.e.s pour les faire écrire sur leur commune, leur territoire, et le fait d’habiter dans la région.

1ère étape : les ateliers d’écriture

Tou.te.s sont arrivé.e.s un peu forcé.e.s (on n’avait pas eu beaucoup de temps pour faire la publicité des ateliers d’écriture), sans trop savoir ce qui les attendait, sans tellement avoir envie d’être avec moi à ce moment-là. Vous vous souvenez d’ailleurs peut-être d’Yvette, qui avait annoncé tout de go qu’elle aurait préféré être en train de vendre des légumes sur le marché et qu’elle avait rêvé (ou cauchemardé, plutôt) de l’atelier toute la nuit. Finalement, les ateliers se sont (très) bien passés, même si j’ai bien entendu une ou deux fois : « ah ben je ne sais pas ce que vous allez bien pouvoir en faire, de tout ça ! »… À ce moment-là, à vrai dire, avec notre pile de feuilles de toutes les tailles, on ne savait pas non plus !

2ème étape : la compilation des textes

Et puis on tape les textes, on les relit avec Laure, on les relit encore pour voir ce qui les lie, justement. On trouve une accroche, on tire sur un fil, on déroule et on voit où ça nous embarque : cap ou pas cap ? On découpe, on fait des flèches et des rajouts. On ne dénature pas les textes, surtout pas. Simplement, on les assemble. Je m’essaie à une intro, je galère, et finalement, je trouve quelque chose qui pourrait fonctionner. Quelques transitions au milieu, quelques indications scéniques sur ce qu’on imagine. Quelques allers-retours, et finalement, voilà, quelque chose qui nous plaît.

3ème étape : la mise en voix

Ciao ciao petit texte, bon vent à toi, on t’envoie aux comédiens – eh oui, car ils sont même deux, c’est-à-dire deux fois plus que ce qui était prévu au départ : chouette ! C’est à leur tour de s’approprier notre proposition. Du monologue qu’on avait imaginé, ils font un dialogue, et un mercredi après-midi, à la préfecture, une petite démonstration du travail en cours.

C’est émouvant, de voir le résultat. Dans quelques semaines, ils joueront Dom Juan de Molière, mais là, pour l’instant, ils jouent « les habitant.e.s du district qui ne savaient pas quoi écrire », sauf que ça ne ressemble pas du tout (du tout) à ça. Dans leurs mots, j’entends le garçon qui raconte le virage de l’église difficile à prendre en luge, j’entends les souvenirs des fêtes où il fallait attendre une heure à la buvette, j’entends les regrets à cause de la ville qui grignote le vert si vite, j’entends les envies pour l’avenir.

J’entends aussi leur grain de sel à eux, ce qu’ils ont rajouté – et c’était bien le but. Leurs indications scéniques décuplées (chacun son boulot !!). Leurs changements de voix, leurs clins d’œil, leurs déplacements… Ce qui fait de tous ces textes écrits individuellement une œuvre collective.

4ème étape : le spectacle

Pour qu’il n’y ait pas de jaloux.ses, les comédiens se déplaceront (en vélo cargo  électrique !) dans les huit communes du district pour huit représentations. Ils donneront à voir et à entendre cette mise en voix d’ateliers, et comment les mots s’y sont mêlés.

Je mets ma main à couper (mais la droite, pour pouvoir continuer à écrire, au cas où) qu’on entendra, ici et là, dans le public, des « ah ben moi, j’aurais pas pu faire ça ». J’espère bien qu’il y aura alors un.e participant.e pour les détromper.

Ah, ça, le jour de la fête, j’espère vraiment qu’elle sera là, Yvette.
Et vous aussi ? C’est le 23 septembre prochain, c’est gratuit, et vous trouverez tout le programme ici.

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Vous voudriez organiser un atelier d’écriture dans votre école, votre structure, votre institution ? Parlons-en !

 

 

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