Le poème de marche : écrire le paysage autrement

Comme chaque année, au festival d’écriture Pirouésie, on a réalisé un poème de marche le vendredi matin, le soleil écrasait tout et la mer nous attendait après le tour de lecture-mémoire.

Je propose le poème de marche chaque année à Pirouésie depuis mille (?) ans, après avoir découvert ça avec Jacques Jouet, membre de l’OuLiPo en 2011. Je suis à chaque fois fascinée par la force de l’expérience, et hyper émue du résultat.

Un poème de marche, comment ça marche ?

Le poème de marche se compose lors d’une marche (comme les poèmes de métro qui s’imaginent dans le métro, jusque-là, tout va bien).

Il s’agit donc de se balader, et de composer un poème en même temps, sans l’écrire mais en le mémorisant. Ça ne doit pas être nécessairement long, un haïku (3 vers, 17 syllabes au total !) peut bien suffire. Vous imaginez donc un vers, que vous vous répétez jusqu’à ce qu’il soit bien « fixé », puis vous en ajoutez un autre, et répétez le même processus.

Quand vous arrivez au bout de la balade, le poème est terminé : retranscrivez-le, puis récitez-le, avec un·e souffleur·euse à vos côtés. Les blancs, les hésitations, la recherche des mots, les doutes, font partie intégrante du poème de marche, et c’est ce qui, pour moi, rend le résultat si touchant.

Retranscription des poèmes de marche au point d'arrivée : la mer.
Retranscription des poèmes de marche au point d’arrivée : la mer.

Quelques conseils pour votre poème

– Choisissez une balade de 30 à 40 minutes environ lorsque vous marchez d’un pas plutôt lent (moi, de composer un poème en marchant, ça me fait marcher moins vite !).

– Pensez à un point d’arrivée sympa : un endroit où s’assoir tranquillement, idéalement avec une jolie vue.

– Sur le poème en lui-même, faire des rimes (pour se souvenir plus facilement des vers suivants) peut être une piste, ou éventuellement jouer avec un rythme ou une structure qui se répète, ou encore partir d’une chanson dont vous modifiez les paroles.

Intégrez des éléments de la balade dans votre poème de marche : quand on le récite, on refait le chemin dans sa tête.

Un poème de marche dans la Manche

Voici mon poème du 7 août 2020.

panne sèche
comme les champs
et le soleil qu’on écrase

coquille vide
les escargots s’accrochent
aux tiges en brassées

tête pleine
le flot de pensées n’a rien à envier
à la marée

réserve de chasse
l’intime est un terrain
gardé

boîte aux lettres rouillée
et quid des mots, en moi ?

silence
silence

est-ce que le poème de marche
peut marcher
à chaque fois ?

Et si vous en avez envie, venez partager le vôtre ici !

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Maunaury

Pirou ,7 août 2020

Entre morts et vivants
Pierres grillées de soleil

Entre ombre et soleil
Ce figuier étalé et ce pin esseulé
Nos corps en mouvement

Dans mes pas raconter
Une histoire en dentelles d’achillées,
Les fenouils encoquillés

Mais, très vite, mes pensées s’effacent
Dans ce vaste musée de la vitalité
Où la lumière défie les plus grands nuanciers

Réponse
Amélie

C’est très chouette, Romane, de pouvoir lire un poème qu’on n’avait qu’entendu ! Merci pour ton partage 🙂

Réponse

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