un outil pour faire parler les apprenants : le photolangage

Le week-end dernier, à Alternatiba Bruxelles, j’ai été particulièrement attirée par tous les stands par le stand du réseau Ades qui présentait un grand panneau regroupant des outils d’intelligence collective ; de quoi me mettre l’eau à la bouche et les neurones en action – comment réutiliser ça aussitôt dans mes cours, ateliers, projets professionnels, voire personnels ?

Hier, premier cours de l’année avec deux petites Italiennes de 10 et 12 ans. Je les ai déjà eues l’année dernière ; elles parlent italien et allemand à la maison, vont à l’école en français, où elles apprennent aussi l’anglais… Bref, à l’oral, tout va bien. A l’écrit, c’est plus compliqué : elles écrivent français avec une graphie italienne où le son « ch » se transforme en un « sch » allemand. Ca donne des choses comme « le schato e tre solide ». Tout un défi de reprendre avec elles l’écriture du français. Un de mes buts en tout cas : les faire écrire et lire, et aimer écrire et lire en langue étrangère, et nous inventons donc histoires, poèmes et devinettes à tour de pelles, et lisons des tas d’albums jeunesse.

Mais donc, hier, premier cours de l’année, j’avais envie de faire un peu le point sur leurs désirs, à elles, et leurs motivations. Je me décide donc de me lancer dans un photolangage, outil d’éducation permanente apparemment très répandu, mais que je n’avais jamais eu l’occasion d’utiliser – ou en tout cas, pas exactement comme ça. Il s’agit de présenter plusieurs dizaines de photos au public, et de lui poser une question, en lui demandant de choisir une (ou deux, ou trois) photo(s) pour y répondre – chaque personne devra ensuite expliquer pourquoi elle a pris telle ou telle photo. [Une explication détaillée de l’outil et de comment l’utiliser ici + une sélection de 112 photos (parmi lesquelles j’avais sélectionné celles appropriées pour des enfants) ici.]

Les filles ont vraiment apprécié le dispositif, et moi aussi ! « C’est comme un jeu », « on arrête déjà ? », et de mon côté, j’ai trouvé les résultats très éclairants, et l’approche plutôt poétique – ce qui me va, évidemment.

Q1 : Qu’est-ce que vous pensez du français ?

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“Le français, pour moi, c’est comme ça, c’est très compliqué. Il y a plein de chemins mélangés. Mais on sait qu’on va arriver à la gare et après, à la gare, tout est clair. Et il y a plusieurs chemins qui vont à la gare, on peut un peu choisir son chemin.”

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“C’est comme si j’étais sur 1 ou 2, et parler très bien français, c’est tout en haut, au ciel. Je voudrais être à 4 et 5 pour avoir les pieds bien en équilibre. Avant, on est à cloche-pied, mais à 4 et 5, on peut un petit peu se reposer.”

Q2 : De quoi est-ce que vous avez envie pour cette année dans les cours de français ?

037“Moi, je voudrais jouer. Je voudrais qu’apprendre le français, ce soit seulement jouer.”
[Le message est clair et passé ;)]

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“Cette année, je voudrais faire de grands sauts dans le français. Des sauts en avant, tu vois ? Ne pas avoir peur.”

En conclusion, un outil que je rajoute de ce pas à ma mallette pédagogique pour faire s’exprimer les apprenants sur des sujets divers et variés, quel que soit leur niveau de français.

Des expériences à partager, des variantes à proposer ? N’hésitez pas à commenter ! 🙂

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S2a

Bonjour, merci pour cet article qui rend compte de votre expérience avec ces 2 jeunes, je suis chaque fois étonnée du pouvoir de cet outil, le choix des photos et les explications qui vous ont été données sont forts et l’on voit bien comme c’est plus facile d’exprimer ses besoins à partir d’un support plutôt que de répondre « simplement » à la question (qui n’a rien de simple). Est-ce que vous l’avez utilisé uniquement pour l’oral ou également comme support ensuite à la production d’écrit ?

Travaillant dans un centre social, j’avais découvert cet outil via une formation à l’animation participative (http://www.accolades-dsl.com/) dans le même esprit d’intelligence collective.

Je l’ai testé avec un public d’adultes migrants comme suit :
– Comme déclencheur de l’oral en début de séance et pour réinvestir la description
objectif : parler de ses goûts
J’aime cette photo parce que c’est / il y a …

– Comme medium pour parler de son ressenti suite aux attentats de janvier 2015
objectif : offrir un espace d’expression pour exprimer son ressenti au lendemain des attentats et de mise à distance afin de pouvoir débattre dans un second temps
Je m’étais appuyée sur cet article abordant la dimension psychologique du photolangage permettant de parler de soi tout en permettant de garder ses distances.

Voici deux autres ressources de photolangage que j’utilise, le dernier, parlons d’ados n’est plus disponible.
Un photolangage autour du développement durable avec 72 photos
Le photoexpression du CHU de Nantes

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meliemeliie

Merci beaucoup pour ce commentaire très complet et ce retour d’expérience !
Je pense qu’utiliser le photolangage pour amorcer des débats doit être effectivement vraiment efficace et intéressant.
Avec ces jeunes apprenantes, je n’ai pas continué à l’écrit, nous sommes ensuite passées à quelque chose de complètement différent, mais ça pourrait être aussi envisageable !
Merci donc pour le partage – par contre, les liens n’ont pas fonctionné…
Pour le photolangage autour du développement durable, il s’agit de celui-ci (http://les.cahiers-developpement-durable.be/travailler/le-photolangage/) mais avez-vous les autres liens ? Merci !!

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Gladys

Bonjour Amélie, je trouve ton article très intéressant, j’ai déjà utilisé la photo pour travailler avec mes élèves, par exemple, écrire une histoire à partir d’une photo, etc, mais je ne connaissais pas le photolangage. Comment adaptes-tu ceci selon le niveau des élèves ? Quel niveau ont tes deux élèves italiennes ?

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meliemeliie

Merci Gladys pour ton commentaire !
Je pense que tu peux adapter au niveau en posant différents types de questions, comme S2a explique dans l’autre commentaire : choisis une photo que tu aimes et explique pourquoi. Une photo que tu n’aimes pas, qui te fait peur, qui te représente, qui t’interroge… Et puis avec les niveaux plus avancés, pour exprimer son opinion dans n’importe quel débat, en partant d’une image…
Mes deux italiennes parlent couramment (du coup, du bon B1, vu qu’ensuite, elles sont trop jeunes pour avoir la réflexion demandée en B2…)

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Melendili

J’ai bien envie d’essayer cette méthode pour faire parler mes élèves de 3e de leur projet d’orientation, ce truc barbare et abstrait quand on a 14 ans … Merci Amélie !

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Pierre Muscat

Bonjour,
Je suis étudiant en master FLE à l’université d’Aix-Marseille. Dans le cadre d’une présentation sur l’outil Photolangage, j’aurais aimé cité votre séance. Et j’aurais quelques petites questions 🙂
Combien de temps a duré la séance ?
Vous dites que vos apprenantes sont très à l’aise à l’oral, sous les photos qu’elles ont choisies, leurs citations sont elles corrigées ?
S’agissait-il de cours dans un institut, dans une école (privée ou public) ou autre ? Si oui vous a-t-on encouragé/découragé à mettre ou d’avoir mis ce projet en place ?
Merci d’avoir posté votre expériences en ligne !
Cdt,
Pierre Muscat

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meliemeliie

Bonjour !
Merci pour votre intérêt 🙂
J’avais utilisé le photolangage en début de séance, je dirais une quinzaine de minutes.
Les citations sont transcrites mais pas corrigées (mais elles n’auraient pas pu l’écrire comme ça car elles n’avaient pas ce niveau-là à l’écrit).
C’est un cours privé dépendant d’une Alliance française, on ne m’a jamais rien dit à ce sujet, c’est un outil que j’utilise régulièrement !
J’espère avoir répondu à vos questions, bon courage pour votre présentation !

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David Veldhuizen

Joie ! Je cherche sur un moteur de recherche des “packs” pour des photolangages, et Go*gle me propose assez vite… ton article, avec son lien sur Yapaka. Merci !

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