entre les pages : lectures de janvier

Je n’ai pas encore trouvé la façon qui m’irait le mieux pour dire mes lectures, pour vous parler des pages qui m’accompagnent, me parlent, m’interpellent, m’émeuvent au fil des jours et nourrissent mes ateliers. Je voudrais que ce soit comme une conversation autour d’une tasse de thé encore chaud mais via l’écran, forcément, c’est moins évident.

Peut-être faire le point mois par mois, en espérant que 2017 sera, en lectures du moins, plus dense que 2016, où j’ai eu l’impression à plusieurs reprises de ne plus me laisser « accrocher » par rien. Or, en littérature, j’ai envie d’être accrochée. Suspendue.

Lectures de janvier, inspirations d’ateliers

Une fièvre impossible à négocier, Lola Lafon, coll. Babel, éd. Actes Sud.

Déjà cet été, j’avais piqué chez Mam De ça je me console, et j’avais été embarquée par cette poésie qui me prend au ventre. Là, il y a à nouveau Mam derrière tout ça (merci) et à nouveau la poésie, un cadeau de Noël offert avant l’heure et lu un peu après. Résumé .

On dîne pour la cinquantième fois avec un(e) ami(e), et on mange toujours la même chose ou presque, des rouleaux de printemps par exemple.

Puis, on commence un échange de mots dont on a l’impression qu’on connaît déjà la conclusion. Et c’est bien comme ça. Alors, l’ami(e) finit son rouleau de printemps et dit trois phrases, pas plus. Celles qu’on n’attendait pas, qui nous collent encore un peu plus à son amitié. On mâche ce qui reste du rouleau de printemps et on ne veut pas montrer qu’on en a les larmes aux yeux de bonheur, de ce rapprochement inconsidéré.

C’est là qu’on articule « moi aussi. »

C’est comme quand on enflamme une allumette et qu’on la colle à une autre et qu’elles se fondent. Je ne m’y fais jamais tout à fait. Dès qu’on dit « moi aussi », pas mal de choses sont possibles. Il faudrait « moiaussier » au moins une fois par semaine pour tenir le coup, dans cette ville ou dans les autres. On est tellement à penser la même chose, le seul truc c’est qu’on ne se connaît pas encore tous.

J’ai vu dans les groupes que je fréquente plein de moi aussi. De ces soirées où on envisage d’un coup que tout peut être déplacé, très peu mais déplacé quand même. Et c’est grisant de se dire que même à dix, on peut mettre l’étincelle de désordre nécessaire.

*

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, Darragh McKeon, éd. Belfond.

Résumé . Ce roman fait partie de ceux qu’on m’a conseillés sur Twitter quand j’ai réclamé des titres de « choses qu’on ne parvient pas à lâcher ». Et effectivement, même effet sur moi, et émerveillement presque continu de « oh, c’est beau, ces mots-là les uns à côté des autres. » Quelque chose de fort et d’harmonieux malgré le thème dur, Tchernobyl.

Evgueni n’a même pas besoin de chercher le morceau qu’il veut. Il le repère tout de suite. Couverture citron vert ornée de la photo d’un homme qui ne peut être que compositeur, oui, un compositeur-né, avec une grosse moustache blanche touffue et une chevelure de femme immaculée, peignée en arrière, un nœud papillon domestiquant son cou épais. Il pose la partition devant lui, ajuste le siège, met le pied droit sur la pédale, ses doigts en position, puis il appuie, les vibrations s’élèvent du coffre de bois, se glissent jusqu’à ses oreilles, imprègnent son corps, et il sait qu’il est enfin prêt, il est l’égal de la musique à présent, il ne ploiera plus sous son poids.

Il laisse la nuit précédente s’écouler librement à travers les notes, le Nocturne en do majeur, les touches contiennent tous les tons qu’il souhaite peindre, toute la richesse de la ville : les cadres des fenêtres, les enseignes assombries, le faux cuir des sièges dans les voitures abandonnées, sous le choc, sur la chaussée. Il joue les gouttes qui coulent des tuyaux fendus pour s’écraser à terre. Il joue la poudre à laver sortie des paquets de lessive qui s’égaille dans l’air en granulés bleus et blancs. Il joue les cartes de la partie de poker, l’intensité dans les yeux des pillards. Il joue la gentillesse et les menaces de Iakov. Evgueni regarde au-delà des notes, de la mesure, de la tonalité, et il comprend que ces notations sont simplement un cadre dans lequel il peut poser sa compréhension du monde.

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La mer, le matin, Margaret Mazzantini, 10/18.

Résumé . Peut-être trop court (une centaine de pages) pour vraiment avoir le temps de m’y plonger. J’avais lu il y a longtemps d’autres livres d’elle dont j’étais sortie bouleversée. Ici, j’accroche moins même si le thème – les migrations – me parle. La langue reste belle.

Son père disait qu’Angelina était restée une exilée. Quelqu’un qui attend de rentrer. Et que même son mariage avait été un passage obligé.

Son père a été confectionné par un tailleur sur le modèle de ses robes d’avocat : il s’esquive toujours derrière un flot de paroles qui submergent la vie, qui la diluent jusqu’à l’émousser. Sa mère est tout le contraire, elle ne peut qu’être elle-même. Elle ne porte pas de vêtements élégants, elle ne porte même pas de soutien-gorge. Vito comprend maintenant pourquoi sn père a divorcé. Quelquefois, lui aussi, il a l’impression d’être pris au piège. Angelina est capable de rester silencieuse pendant des journées entière. Elle ne lui fait pas de reproches. Simplement elle se met à vivre en silence, comme Gandhi. Elle lui laisse des petits billets. Elle est née pour être célibataire. Une alpiniste solitaire.

Une fois, sur l’un de ses billets, il y avait écrit : briser le mur des émotions. C’était un message pour lui ou pour elle-même. Vito l’avait froissé, en avait fait une boule, comme de tous les autres.

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J’aime bien tisser des liens entre ces textes, voir les sujets politiques qui y affleurent, me demander comment ces extraits et d’autres soigneusement recopiés se glisseront dans des ateliers, ou non, demain ou dans des années.

Et vous, de belles découvertes littéraires qui pourraient vous, nous inspirer ?

 

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